Abandon du papier pour le tout numérique : le pari de La Presse

6 février 2012 at 05:25 1 commentaire

A une époque où les ventes de journaux papier canadiens battent de l’aile (voir cet article) et où certains prévoient la fin de la presse papier d’ici 2020, le quotidien montréalais La Presse a décidé d’opérer un virage décisif en abandonnant sa version papier pour se concentrer sur le numérique.

C’est en tout cas ce que révélait son concurrent Le Devoir au printemps 2011. Fondé en 1884, La Presse envisage de laisser tomber son édition papier idéalement d’ici 2013 (mais 2015 semble une date plus raisonnable). Un changement qui ne se fera pas du jour au lendemain. Toujours selon l’article du Devoir, le tirage du journal passerait de 200 000 exemplaires par jour à 75 000, avant l’arrêt complet des rotatives. On n’imagine pourtant mal comment le quotidien pourrait abandonner sa version papier d’ici un ou deux ans quand on sait qu’il a signé un contrat d’impression avec Transcontinental, d’une valeur de plusieurs dizaines de millions de dollars, qui prend fin en 2018. Les dates du grand tournant numérique pour La Presse ne sont donc pas encore sûres, comme le révélait l’année dernière, Caroline Jamet, porte-parole du journal : « nous ne sommes pas assez avancés pour déterminer quand ce virage pourra être achevé ».

Le « plan iPad »

Prendre le contre-pied de la « crise de la presse », très bien. Mais un problème se pose. Comment garder ses lecteurs dès lors que l’on supprime son édition papier? La Presse pense avoir trouvé la solution en lançant son « plan iPad » : chaque lecteur qui s’abonnera à la version numérique du journal pour 3 ans recevra gratuitement la fameuse tablette numérique d’Apple, et ce dès 2013. Si cette idée peut paraître innovante, elle reprend en fait une pratique généralisée dans le secteur de la téléphonie mobile : une compagnie fournit à l’usager un téléphone portable pour une bouchée de pain s’il s’engage avec un forfait de 24 mois. Et pour ce qui est de la connexion à Internet de la tablette, Le Devoir révélait que des discussions avait débuté entre La Presse et BCE (Bell), compagnie canadienne de télécommunications.

Un bouleversement interne

Ce nouveau modèle entièrement numérique va bien sûr engendrer bon nombre de changements au sein du quotidien. En commençant par une nouvelle façon de faire du journalisme, qui devra être axée sur le multimédia et qui devra produire des contenus rapidement pour une mise en ligne immédiate. En salle de rédaction, les journalistes devront être capables de se mettre à la page du numérique et exercer leur métier d’une manière un peu différente. Caroline Jamet annonçait d’ailleurs au printemps dernier la mise en place d’une « équipe exclusivement dédiée au développement de [leur] projet de virage numérique». Un secteur risque cependant de souffrir cet abandon du papier : celui de la distribution. « On sera les plus touchés, c’est évident », s’inquiette Gilles Duguay, président du Syndicat de la distribution de La Presse. «Je reste convaincu que le papier va demeurer, mais il va diminuer, c’est évident. On va peut-être tomber à 75 000 exemplaires. Mais on va devoir attendre encore pour comprendre les impacts concrets du projet.» (propos publiés dans Le Devoir)

Une décision intelligente ou risquée ?

«Comme de nombreux quotidiens à travers le monde, La Presse désire exploiter les possibilités qu’offrent les nouvelles plateformes numériques pour diffuser ses contenus » confiait au Devoir Caroline Jamet. Le papier ne fait plus vendre, la « révolution » Internet est en marche, le numérique c’est l’avenir. Soit. Pourtant, cet arrêt des tirages papier peut inquiéter. 2013 ? Ne serait-ce pas un peu tôt ? Et cette idée de tout miser sur l’iPad pour garder son lectorat est-elle réellement bonne? Si l’offre peut paraître alléchante maintenant, qui dit que dans deux ou trois ans l’idée ne sera pas déjà passée de mode ? Les supports numériques auront peut-être évolué, offrant de plus grandes possibilités et un meilleur confort de lecture que l’actuel iPad. On parle notamment de l’arrivée du papiel, un écran électronique souple sur lequel les chercheurs planchent actuellement, et qui sera capable d’afficher des contenus texte ou vidéo, tout en étant connecté à Internet.
Quoiqu’il en soit, aujourd’hui, l’idée est séduisante et pourrait permettre à La Presse d’amorcer son tournant vers le tout numérique sans perdre trop de lecteurs en route. Le groupe Gesca (auquel appartient La Presse) a d’ailleurs déjà lancé une offre similaire avec le quotidien québécois Le Soleil : un iPad2 et une application pour lire la version numérique du journal, pour 23$/mois.

Il ne reste plus qu’à espérer que La Presse aura fait le bon choix en disant au revoir au papier, et que les lecteurs suivront le quotidien sur le chemin du numérique.

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